Chapitre 13.5 — Cadre pratique : cumuler avec un CDD
⏱️ TL;DR — Vous pouvez presque toujours cumuler un CDD avec une activité indépendante en France. Deux garde-fous : votre contrat (clause d’exclusivité — souvent inopposable la 1re année si vous créez une entreprise) et votre obligation de loyauté (ne pas concurrencer l’employeur, ni bosser sur son temps, ni démarcher ses clients). Le statut de démarrage naturel est la micro-entreprise (création gratuite, charges = % du CA encaissé, ACRE allège la 1re année). Ce chapitre pose le cadre, la gestion du temps, et un plan « premiers 1000 €/mois » — avec un disclaimer : les règles et chiffres changent, faites-vous confirmer par l’URSSAF et un comptable.
🎯 Objectifs
- Savoir si et comment cumuler CDD + indépendant légalement.
- Comprendre la micro-entreprise : plafonds, charges, TVA, ACRE (en ordres de grandeur).
- Gérer le temps pour ne pas se cramer entre CDD, freelance et produit.
- Suivre un plan d’action progressif vers 1000 €/mois de complément.
⚠️ Disclaimer — lisez-le. Ce chapitre décrit le cadre français à titre informatif et pédagogique, valable mi-2026. Le droit du travail, les plafonds, les taux de cotisation et les seuils de TVA changent régulièrement (lois de finances annuelles). Ce n’est pas un conseil juridique, fiscal ou comptable. Avant d’agir : (1) lisez votre contrat de travail, (2) vérifiez sur urssaf.fr / autoentrepreneur.urssaf.fr / service-public.fr , (3) consultez un expert-comptable (souvent gratuit en 1er RDV). Les chiffres ci-dessous sont des ordres de grandeur, pas des valeurs à recopier.
1. Puis-je cumuler mon CDD avec une activité indépendante ?
Oui, dans l’immense majorité des cas. Un CDD n’interdit pas d’avoir une activité indépendante à côté. Deux limites à vérifier :
La clause d’exclusivité
Certains contrats contiennent une clause d’exclusivité interdisant toute autre activité pro. Deux points clés :
- Une clause d’exclusivité n’est valable que si elle est justifiée par la nature de la tâche et proportionnée. Une clause générale et absolue est souvent contestable.
- Surtout : le Code du travail prévoit qu’une clause d’exclusivité est inopposable pendant 1 an à un salarié qui crée ou reprend une entreprise (dispositif de soutien à la création d’entreprise). Concrètement, créer votre micro-entreprise peut neutraliser la clause la première année — mais faites-vous confirmer votre cas précis.
L’obligation de loyauté (elle, est permanente)
Même sans clause, vous devez loyauté à votre employeur. Interdits :
- Concurrencer votre employeur (même métier, mêmes clients).
- Travailler pour votre activité pendant vos heures de travail salarié ou avec ses moyens (matériel, accès).
- Démarcher ses clients ou détourner ses opportunités.
- Vous mettre dans un état (surmenage) qui dégrade votre prestation salariée.
Traduction concrète pour vous : faire du Moodle en freelance/produit est généralement sans conflit si votre employeur n’est pas un prestataire Moodle et que vous ne visez pas ses clients. Si votre employeur fait du Moodle, prudence : c’est exactement le terrain de la déloyauté. Dans le doute, une conversation transparente avec l’employeur (voire un accord écrit) vaut mieux qu’un risque.
2. La micro-entreprise (le statut de démarrage)
Pour démarrer une activité de dev à côté d’un salaire, la micro-entreprise (ex « auto-entrepreneur ») est le choix par défaut : création en ligne gratuite, comptabilité ultra-simple, charges proportionnelles au chiffre d’affaires encaissé (rien encaissé = rien à payer).
En ordres de grandeur (à confirmer, cf. disclaimer)
| Élément | Ordre de grandeur (mi-2026) | Remarque |
|---|---|---|
| Plafond de CA (prestations de services / BNC) | ~77 700 €/an | Au-delà : bascule vers un régime réel |
| Cotisations sociales (activité libérale BNC) | ~24–26 % du CA encaissé | Déclaré mensuellement/trimestriellement à l’URSSAF |
| ACRE (1re année) | Cotisations réduites (~50 %) ~4 trimestres | Sous conditions ; à demander |
| Impôt sur le revenu | Sur le CA après abattement forfaitaire ~34 % (BNC) | Ou versement libératoire si éligible |
| Franchise en base de TVA | Sous un seuil (à vérifier — il évolue), pas de TVA à facturer ni récupérer | Au-delà : TVA obligatoire |
⚠️ Le seuil de franchise en base de TVA est en mouvement (débats législatifs récents sur un abaissement/harmonisation). Vérifiez la valeur en vigueur avant de facturer : franchir le seuil vous oblige à facturer la TVA. Pour un SaaS vendu à des établissements (souvent assujettis), la TVA n’est pas un frein commercial, mais elle change votre facturation et votre compta.
Points d’attention
- Cumul salaire + micro : vous cotisez et êtes couvert des deux côtés ; à l’impôt, les revenus s’additionnent (attention à la tranche marginale). Simulez avant de vous réjouir d’un CA brut.
- Compte bancaire dédié obligatoire au-delà d’un certain CA sur 2 ans ; utile dès le début pour la clarté.
- Facturation : mentions légales obligatoires, numéro SIRET, « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » tant que vous êtes en franchise.
- SaaS vs prestation : vendre un abonnement SaaS (ch. 4) vs vendre des jours de dev (ch. 2) peut relever de qualifications différentes (BNC en général pour les deux ici) — demandez à un comptable comment déclarer proprement des revenus d’abonnement.
💡 Pour un dev qui pense produit : la micro-entreprise plafonne à ~77,7 k€ et n’est pas idéale si le SaaS décolle (pas de déduction des charges réelles, de l’infra, etc.). C’est un excellent démarreur ; le jour où le produit marche vraiment, on bascule en société (EURL/SASU) avec un comptable. Ne sur-optimisez pas le statut avant d’avoir du revenu : commencez en micro, changez quand le problème est agréable à avoir.
3. Gérer le temps (ne pas se cramer)
Le vrai risque n’est pas légal, il est humain : CDD à plein temps + freelance + produit = burnout assuré si mal géré.
- Ne faites pas les trois à fond en même temps. Séquencez : d’abord freelance léger (1–2 soirs + un peu le week-end) pour un revenu rapide → puis remplacez progressivement des heures freelance par du temps produit (qui rapporte plus tard mais scale).
- Bloquez des créneaux fixes (ex : mar/jeu soir + samedi matin) plutôt que « quand j’ai le temps » (= jamais). Traitez-les comme des RDV.
- Capitalisez, ne consommez pas. Chaque heure passée doit de préférence créer un actif (un bout de produit, une étude de cas, un article, un plugin public) plutôt que du pur temps-contre-argent jetable.
- Protégez le CDD. Il est votre socle (revenu stable, couverture). Ne le sabotez pas : jamais de perso sur le temps salarié, restez performant. Le complément se construit en plus, pas au détriment.
- Un jour de repos réel. Le complément de revenu ne vaut rien si vous cramez la santé qui le produit.
4. Plan « premiers 1000 €/mois »
Un chemin progressif, réaliste, sur ~6–12 mois :
- Étape 0 (semaine 1) — Relire son contrat (clause ?), créer la micro-entreprise (gratuit, en ligne), demander l’ACRE. Ouvrir un compte dédié.
- Étape 1 (mois 1–2) — Publier un plugin sur le directory + une démo Next.js (Actifs, ch. 1). Optimiser LinkedIn au positionnement.
- Étape 2 (mois 2–4) — Décrocher 1–2 missions freelance (sous-traitance agences/Partners d’abord, ch. 2). Objectif : premiers quelques centaines d’€ + une étude de cas.
- Étape 3 (mois 3–5) — Repérer, en mission, le problème qui revient (ch. 3). Le valider (« d’autres paieraient ? »).
- Étape 4 (mois 5–9) — Construire un produit hébergé (ch. 4) sur ce problème. Vos clients freelance = vos premiers abonnés. Premiers abonnements Pro.
- Étape 5 (mois 9–12+) — Le MRR grossit et devient plus prévisible que le freelance. Vous arbitrez : garder du freelance haut de gamme + laisser le produit composer. 1000 €/mois de complément devient un plancher, pas un plafond.
La bascule mentale : les 3 premières étapes, c’est du temps contre de l’argent (rapide, plafonné). Les deux dernières, c’est un actif qui rapporte pendant que vous dormez (lent, sans plafond). Le freelance finance et informe le produit ; le produit libère du freelance. C’est toute la Partie 13 en une phrase.
✏️ Exercices
- Faites la check-list légale de votre situation : avez-vous une clause d’exclusivité ? Votre employeur fait-il du Moodle ? Concluez : cumul OK / à sécuriser ?
- Estimez votre point mort : combien de jours de freelance/mois à votre TJM (ch. 2) pour 1000 € net après charges (~25 % + impôt) ? Combien d’abonnés Pro à ~99 €/mois pour le même montant ?
- Posez votre planning : quels 2–3 créneaux fixes/semaine consacrez-vous, et à quoi (actif ou consommable) ?
✅ Piste de correction
- Sans clause + employeur non-Moodle + pas ses clients → cumul OK, respecter loyauté/hors temps de travail. Avec clause → vérifier l’inopposabilité 1re année (création) ou en parler. Employeur Moodle → sécuriser (transparence, éviter ses clients/marchés). En cas de doute réel : conseil juridique.
- Ex à 450 €/j, ~30 % de charges+impôt cumulés → ~315 € net/j → ~3–4 j/mois pour ~1000 € net. Côté produit : ~99 €/mois, charges faibles (infra), ~25 % social → besoin d’~13–15 abonnés Pro pour ~1000 € net récurrent. (Chiffres illustratifs — refaites-les avec vos vrais taux.)
- Ex : mardi soir 2 h (produit), jeudi soir 2 h (missions), samedi matin 3 h (actifs publics : plugin, article). Priorité aux créneaux « actif ».
🧠 Points-clés
- Cumul CDD + indépendant : généralement possible ; vérifier clause d’exclusivité (souvent inopposable 1 an si création) et respecter la loyauté (pas de concurrence, pas sur le temps salarié, pas ses clients).
- Micro-entreprise = démarreur idéal : gratuit, charges = % du CA, ACRE la 1re année. Bascule en société quand le produit décolle.
- Vérifier les seuils (plafond CA, franchise TVA qui évolue) et consulter URSSAF + comptable — chiffres indicatifs, pas des règles.
- Séquencer l’effort (freelance léger → temps produit), créneaux fixes, protéger le CDD et sa santé.
- Plan 0 → MRR en 6–12 mois : contrat/micro → actifs → missions → problème récurrent → produit hébergé → le récurrent remplace les heures.
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